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POIESIS N° 15
"Inventer la ville : l’œuvre collective"



 

A l'heure où la ville devient une question politique majeure, où les pouvoirs publics se trouvent confrontés au Nord comme au Sud à des problèmes nouveaux auxquels l'urbanisme ancien ou moderne ne répond plus, à l'heure où les politiques volontaristes et les planifications urbaines échouent à faire la ville, où les inégalités, les diverses ségrégations sociales, raciales, exacerbées au Sud par l'exode rural et la croissance démographique, mènent à une misère et à une violence urbaine dont nous sommes tous responsables, à l'heure où beaucoup conviennent enfin qu'il faut réinventer notre façon de faire la ville, la question fondamentale se pose : La ville est-elle une œuvre collective ?

Ce n'est pas la seule démocratie locale qui est ici visée, mais le mode de participation à l'œuvre, la construction collective d'un monde qui fut et sera toujours à l'origine des liens de solidarité les plus profonds qui se puissent tisser entre les hommes et leur milieu, entre les hommes eux-mêmes ; c'est ce qui fait qu'une ville est unique, qu'elle est le fruit d'une histoire, faite d'ordres et de désordres, produit d'une multiplicité vivante, irréductible à aucun principe de raison, dont l'harmonie est le gage de ce qu'elle a su intégrer toute une diversité d'êtres dont elle est à la fois le produit et le substrat, la condition de leur unité et de leur multiplicité.

Saurons-nous produire une œuvre qui intègre l'intérêt commun, sans se traduire par l'exécution d'un unique plan, d'un dessein uniforme, “d'une seule pensée”, une œuvre qui ne soit pas conforme, obéissant aux seules normes, règlements, schémas et plans d'urbanisme, qui étant par nature régulateurs et rationnels, sont incapables par leur vertu dynamique propre de “faire” la ville ?

Que faudrait-il pour qu'à nouveau notre société soit associée tout entière à la production des lieux qu'elle habite, pour qu'elle devienne l'artiste collectif et impersonnel de sa ville ? Un tel vœu relève-t-il aujourd'hui de l'utopie ou bien de l'anarchie ? Peut-il faire le jeu d'un libéralisme cynique et irresponsable qui mise sur une dérégulation généralisée pour creuser un peu plus l'écart entre des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus nombreux ?

Entre projets réglementaires, planifiés, villes privées et sécurisées, débordements non réglementaires et zones d'habitats insalubres, la ville est-elle encore une ou plusieurs ?

La multiplicité et la diversité par elles-mêmes peuvent-elles produire une ville solidaire sans passer par l'unité d'action d'un pouvoir central ? Quel équilibre peut être trouvé entre régulations administratives, marché formel et dynamiques informelles dans le développement des villes aujourd'hui ?

Quelles sont, au Nord et au Sud, les dynamiques productrices issues des sociétés civiles et des pouvoirs publics qui font la ville aujourd'hui ; quelles sont celles qui feront la ville demain ?




 
 
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