Poïésis,veut dire "faire", en Grec ancien. Ce mot à l'origine de notre moderne poésie est donc d'abord un verbe, une action qui transforme et continue le monde. Ni production technique, ni création au sens romantique, l'oeuvre poïétique réconcilie la pensée avec la matière et le temps, et l'homme avec le monde. Elle est une communion des corps, une co-naissance et une reconnaissance par la rencontre, la lutte et l'accord dans la matière et le temps de la multitude des hommes. Et c'est de cette rencontre dans le temps et la matière du monde que résultent ces créations collectives et impersonnelles des peuples, formes douées de rythmes, de sens et de poésie que furent dés l'origine, nos architectures et nos citées.

C'est par cette oeuvre collective enfin, matérielle et temporelle, que nous nous faisons un monde, une oeuvre dans le monde qui est l'oeuvre du monde. C'est par cette oeuvre que les hommes se reconnaissent comme appartenant à une même communauté humaine et qu'ils donnent une unité à leur irréductible multiplicité. Et c'est ainsi en construisant qu'une communauté se construit elle-même, scellant dans les pierres, le béton et le fer cette organisation vivante, unique et multiple à la fois qu'on appelle une cité.